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Journal d'une institutrice d'aujourd'hui

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Bonjour Maitresse !
Journal d'une institutrice d'aujourd'hui

Rachel Boutonnet


Éditions Hugo&Cie. Août 2020.
309 pages, 17 euros

Bonjour Maîtresse !, qui sort ce 27 août 2020, rassemble, sous formes de chroniques, des récits inspirés de moments de classe et des réflexions sur certains sujets qui touchent l'école. Les chroniques vont de septembre 2008 à juin 2020, et le tout est organisé en en cinq parties :

  1. Une vie à l’école – les récrés, les sorties, les moments émouvants ou amusants
  2. Au travail – description du travail de la classe, l’écriture et la lecture principalement 
  3. Ce qu’on aurait du mal à imaginer – la grande difficulté scolaire, l’agitation et parfois la violence, le rythme intense des journées 
  4. Si l’on pouvait changer quelque chose – ce qui mérite selon moi d’être interrogé : la réduction des maintiens, les réponses à la violence, la politique d’inclusion, la co-intervention…
  5. Epilogue : sur le confinement et déconfinement – Il nous a semblé nécessaire d’actualiser le livre.

En début de projet, je souhaitais avant tout témoigner de la grandeur du métier, des grandes possibilités des enfants, de la richesse du travail scolaire.
Je voulais par la même occasion mettre en valeur la beauté de l’école : le côté harmonieux, musical, dansant, des élèves qui marchent, courent, chantent, brandissent tous ensemble leur dessin du poème dans la lumière du matin, avec un grand sourire sous les cahiers ; la sérénité d’une dictée en silence, les mains qui attendent et toutes les têtes qui s’inclinent ensemble pour écrire le mot suivant…
Je projetais de raconter des moments émouvants, comme cette élève qui me tanne tant que je ne l’ai pas aidée à lire un mot difficile, obstinée, ou cette maman qui retient ses larmes et reste si digne pendant l’entretien qui lui apprend que son enfant a encore fait une crise.
Je voulais absolument montrer, parce que c’est beaucoup plus vrai qu’on pourrait le croire, comme les enfants aiment apprendre et en sont fiers, comme en témoigne ce que les parents nous disent parfois : « Mon enfant est malade, mais il veut venir à l’école, il insiste, que dois-je faire ? » ; ou le fait qu’il faille parfois interrompre les élèves dans le travail, à leur grand regret, pour les envoyer jouer en récréation.
Je tenais, enfin, à parler concrètement du métier. Décrire comment se passent les journées, donner à en voir le rythme intense, la diversité des tâches, la précision du travail de classe. 
Et puis il est apparu que, dans un souci de vérité, on ne pourrait pas faire l’impasse sur les aspects difficiles du métier, et qu’il serait important aussi d’aborder quelques sujets problématiques. Dans tous les cas, il s’agissait pour moi de toujours partir de la vie de la classe, du quotidien de l’école, et de montrer, par des scènes concrètes, ce que je développais, pour ne jamais parler de quoi que soit de façon abstraite ou vague, ou encore peu étayée.

Outre un témoignage sur l’école, je souhaitais aussi que le livre soit un hommage au métier et aux enseignants du primaire. Je voulais répondre en quelque sorte à cette petite remarque si courante : « Encore en vacances ? », tellement injuste, au regard de ce que j’ai pu observer chez mes collègues.
Si on me demandait de faire part de mes observations, je dirais avant tout que les instits sont souvent fragiles dans leurs certitudes. Aucun d’eux ne se sent parfait dans le métier. Ce sont même les plus aguerris qui disent le plus volontiers : « Je ne pourrais donner de leçons à personne ». Ils ont le sentiment de ne jamais avoir fini d’apprendre comment mieux enseigner. La tâche est en effet si large et si complexe. On peut alors facilement, par une question, une remarque, provoquer des doutes douloureux, et raviver ce qui les tenaille presque en continu : « Je ne fais pas assez pour les élèves, et pas assez bien. » Il est terriblement facile de les troubler.
J’estime qu’il faut avant tout avoir du respect pour cette fragilité-là, cette hypersensibilité à fleur de peau. Si je pouvais adresser une prière à l’institution et au grand public, je dirais : soyez doux et bienveillant avec les instits. Il faut les soutenir. Et même les choyer.
Enseigner est une affaire délicate, entre grand art et métier d’artisanat. Il demande une réflexion patiente, un grand engagement, un long travail. J’admire tous mes collègues de tenir dans ce métier et de tant donner à leurs élèves. Les instits sont pour moi des héros du quotidien. D’abord, tout simplement, parce qu’ils sont là. Tous les jours, six heures par jour, à s’occuper sans trêve de vingt-cinq ou trente enfants. Ils assument l’exigence du métier, les inquiétudes. Le rythme. C’est fatigant, une journée de classe. Parfois éprouvant. En voyant mes collègues travailler, je me dis toujours : chapeau bas.
Ce sont eux qui, en premier lieu font l’école, la pensent et la tiennent. Tout ce dont on peut se réjouir dans l’école vient avant tout de leur travail et de leur dévouement. Ils ne méritent que le respect, la considération et l’admiration.

Je souhaitais aussi, par ce texte, contribuer à faire respirer, modestement, le débat autour de l’école. « Le débat contradictoire est un des piliers de la vie démocratique », peut-on lire régulièrement dans les textes officiels. Que dire alors d’un débat sur l’école, qui est une des institutions majeures d’une démocratie ? J’aimerais que le débat s’installe et se déroule sereinement, avec ses moments houleux et ses moments calmes, ses oppositions farouches et ses accords paisibles.

L’école primaire est un lieu méconnu. C’est une institution qui concerne absolument tout le monde, parce que chacun y a séjourné dans l’enfance et y a passé sept ans de sa vie ; pourtant, sa réalité est largement ignorée ; je m’en rends compte dans les discussions avec des amis, avec des parents, avec des collègues du collège ou du supérieur : untel croit que les écoles ont des secrétaires, l’autre ne sait pas que les instits surveillent les récréations, d’autres encore ne mesurent pas le nombre de matières que nous sommes censés enseigner, peu imaginent le degré d’agitation que certaines classes peuvent présenter ; on sait si peu sur le temps de travail que demandent les préparations, les corrections, les livrets, les rendez-vous ; on ignore le rythme et la longueur de nos journées.
Cette séparation de l’école avec le monde extérieur, ce fonctionnement en vase clos, est à mon avis très problématique : pour le public qui manque d’informations sur une institution qui le concerne au premier chef, et aussi pour l’école, qui menace de tourner sur elle-même, d’ignorer les inquiétudes ou les besoins de la société, les conséquences à long terme de certaines orientations, qui peut rester sourde à certaines réflexions, voire entretenir plusieurs années des pratiques qui manquent d’efficacité.

Il faut montrer l’école sous ses divers aspects.
Voilà ce que je me suis dit.
Je savais, parce que certains me l’avaient déjà dit, que des collègues du primaire seraient heureux de voir exposées par l’un des leurs la beauté, la difficulté et l’importance du métier, que des collègues de collège et lycée seraient curieux, eux qui reçoivent les élèves après nous, de savoir mieux la façon dont les choses se passent en primaire. Je supposais que les parents, qui sont forcément concernés de près par l’école, apprécieraient de connaître un peu plus le lieu où ils laissent leur enfant tous les jours. Je supposais aussi que certains journalistes, très concernés par la question de l’école, seraient intéressés de connaître en quelque sorte la suite de l’histoire.

J’espère avoir réussi ce témoignage.
Je rêve que d’autres voient le jour, différents, complémentaires, contradictoires.
Je compte pour ma part, continuer à enseigner, à observer, à écrire. J’ai tant d’autres textes en tête. Le sujet de l’école est si vaste, si riche, si complexe, si passionnant, si essentiel.
Ce qui me motive à écrire est ce qui me motive à enseigner : le souci de bonnes conditions d’apprentissage des élèves. Que l’école fonctionne au mieux, pour être à même de jouer son rôle pleinement : apporter un solide bagage culturel, condition de l’épanouissement personnel ; faire découvrir en chacun des possibilités inattendues, des joies inconnues, des forces insoupçonnées ; donner des cartes pour l'avenir : raisonnement, lucidité, compréhension des événements extérieurs, liberté de jugement ; autrement dit : que l’école soit à même d’apporter à chacun les conditions d’une vie d’adulte digne et libre.


Revue de presse

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