Revue de presse

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Avril 2020
Presse / Libération du 23/03/2020 / Ecole à la maison : ça passe ou ça classe (Marie Piquemal, Noémie Rousseau)
Dans la classe de CP d’Audrey, enseignante dans une petite école d’un quartier populaire du Puy-en-Velay (Haute-Loire), seules cinq familles sur vingt ont un ordinateur, et seules trois peuvent imprimer. Or les élèves «me disent qu’ils aiment les exercices», car «ça les occupe». Alors cette semaine, ses doubles journées ont fini à 1 heure du matin afin de préparer des petits sacs personnalisés, qui contiennent des photocopies ad hoc qu’elle dépose ensuite le long du mur de l’école où chacun passe chercher le sien. Audrey, épuisée, vient en somme de réinventer l’école buissonnière.

Presse / Le Monde du 28/03/2020 / Ecole à distance, semaine 2 : « Je ne crois pas que j’y arriverai » (Mattea Battaglia, Chloé Ripert)
« Chez nous, on n’a pas d’ordinateurs, pas de mails… En quinze jours, je suis allée chercher les devoirs deux fois à l’école », raconte une mère de cinq enfants qui a requis l’anonymat. Dans cette famille serbe - la maman est au foyer, le père au chômage -, installée en Rhône-Alpes, on met sur le même plan les obstacles matériels et linguistiques. « Je ne parle pas très bien le français, parfois je ne comprends pas les exercices, alors j’appelle la maîtresse, explique la mère. On fait comme on peut, mais c’est très difficile. »

Presse / Marianne du 01/04/2020 / Numérisation de l'école : « On ne fait pas un cours de philosophie par courriels » (Harold Bernat)
Qu'est-ce qui, dans ma discipline, échappe à la continuité quand l'absence des corps interdit la rencontre des esprits ? C'est une question fondamentale, aujourd'hui tabou car elle dérange les administrateurs du contrôle intégral et des big data sans conscience. C'est une question réflexive qui suppose une maîtrise que l'on ne peut pas transmettre n'importe comment. On ne fait pas un cours de philosophie par courriels.

Presse / Le Monde du 07/04/2020 / Ecole à la maison : qui sont les 800/000 élèves « perdus » ? (Pascal Plantard)
L’expérience du confinement est intense et massive. C’est un « fait social total », pour reprendre l’expression de Marcel Mauss (1923). La reproduction à distance de la norme scolaire classique et de ses attendus, avec les contradictions, la charge mentale et les conflits de légitimité qu’elle représente, est une voie sans issue. Non, ces élèves n’ont pas été « perdus » par les enseignants, mais laissés pour compte par l’ensemble de la société.

Presse / Libération du 03/12/2019 / Rapport PISA : bulletin et tintamarre (Marie Piquemal)
«Malgré des bases solides, le système éducatif français présente des faiblesses structurelles : le poids de l’origine sociale pèse davantage qu’ailleurs sur les performances scolaires des élèves.» C’était la vraie inconnue de cette enquête Pisa, et certainement l’indicateur que chercheurs et politiques attendaient avec le plus d’appréhension : l’écart de points entre les élèves venant de familles favorisées et ceux issus de milieux défavorisés. Avec une différence de 107 points (contre 89 en moyenne dans l’OCDE), la France reste l’un des pays de l’OCDE où l’origine sociale a le plus fort impact sur les résultats scolaires. En France, les élèves de familles défavorisées ont cinq fois plus de risques que les autres de ne pas atteindre le niveau minimal de lecture.


Avril 2019

Tribune / Le Monde du 11/04/2019 / « Blackface » à la Sorbonne : « Ne pas céder aux intimidations, telle est notre responsabilité »(collectif)
Des personnalités du monde de la culture, dont Ariane Mnouchkine et Wajdi Mouawad, s’insurgent contre une « logique de censure intégriste et identitaire », après les accusations de racisme ayant motivé la perturbation d’une pièce.
Les faits sont connus. Le 25 mars, à la Sorbonne, des activistes se réclamant de l’antiracisme (militants de la Ligue de défense noire africaine, de la Brigade antinégrophobie, etc.) ont bloqué l’accès à la représentation de la pièce Les Suppliantes, d’Eschyle, mise en scène dans le cadre du festival Les Dionysies par l’helléniste et homme de théâtre Philippe Brunet.
[…] « Le théâtre est le lieu de la métamorphose, pas le refuge des identités. » Philippe Brunet, en une phrase, exprime l’enjeu de cet art – de tout art : pouvoir se sentir être autre que « soi-même » – à travers des personnages, des histoires, et rejoindre ainsi toute l’humanité. « L’acteur, sur une scène, joue à être un autre, devant une réunion de gens qui jouent à le prendre pour un autre. »

Tribune / Le Monde du 29/03/2019 / « Non, le masque grec n’est pas un “blackface” (Anne-Sophie Noël)
Doit-on juger les oeuvres du passé, qu’elles soient progressistes ou non d’ailleurs, à l’aune des errances nauséabondes des esclavagistes américains ? S’il ne faut pas ignorer cette histoire-là non plus, doit-elle devenir un étalon universel pour toutes les oeuvres artistiques, y compris celles qui datent d’une époque antérieure ou s’inscrivent dans un contexte culturel entièrement déconnecté ?

Tribune / Le Monde du 11/04/2019 / « La liberté académique est de plus en plus menacée en France » (Olivier Beaud)
En l’espace de quinze jours sont survenus divers événements qui ont pour point commun de révéler l’existence de sérieuses menaces pesant sur la liberté académique (les libertés universitaires, dit-on en France). Cette liberté, assez méconnue chez nous, en raison de la faible place sociale qu’occupent les universités et les universitaires dans l’espace public, peut se définir comme une liberté professionnelle. [...]
Il faut désormais faire reconnaître cette liberté académique pour mieux la faire respecter et comprendre. La justice administrative assure mal, à ce jour, la défense d’une liberté qui n’est pas proclamée en tant que telle par un texte de rang élevé. […] L’intérêt de cette question déborde le seul cadre d’une liberté corporative : il en va de la liberté de la pensée et de la liberté de la science, dont dépend le niveau de civilisation d’un pays.

Tribune / Le Monde du 18/03/2019 / Lorsque les enseignants courent après le temps » (Fanny Capel)
A quoi ressemble la journée type d’une classe de lycée ? Dans une tribune au « Monde », la professeure de lettres et membre de l’association Sauver les lettres Fanny Capel raconte ce « fléau de l’école qu’est le manque de temps, le temps perdu, le temps mal employé ».
Rue de Grenelle, la réflexion sur la question des horaires est considérée comme de la basse cuisine. Impossible de faire entendre à des experts qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe qu’il s’agit du point névralgique qui détermine le succès ou l’échec de notre enseignement, et qui transforme les programmes successifs, aussi mirifiques soient-ils, en coquilles vides. Sur le pont, profs et élèves n’en ont pas fini avec les cadences infernales. Aujourd’hui, l’école fait parfois appel à des sophrologues en classe, pour lutter contre un stress qu’elle génère elle-même. En parallèle, les cours de soutien privés prospèrent, eux qui proposent aux élèves, contre monnaie sonnante et trébuchante, ce temps d’étude efficace que l’éducation nationale leur refuse.

Presse / Libération du 10/02/2019 / «On demande très tôt aux élèves de se comporter en consommateurs éclairés de l’offre scolaire» (Jean-Yves Rochex)
Interview. Jean-Yves Rochex est professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris-VIII et spécialiste des questions d’inégalités scolaires, de politiques éducatives et de l’éducation prioritaire.
L’objectif de donner plus de liberté aux élèves n’est-il pas louable ?

La cohérence entre la réforme du lycée et celle de Parcoursup conduit à demander très tôt, dès l’entrée au lycée, aux élèves de se comporter comme des consommateurs éclairés de l’offre scolaire, à même de construire un parcours de formation individualisé et cohérent. Cela aurait pu être un point positif de lier le parcours au lycée au premier cycle universitaire. Mais, d’une part, une telle individualisation contribue à nier la conception de l’école comme service public se référant à des valeurs et objectifs communs pour en faire une offre de services aux individus et aux familles. D’autre part, ces derniers ne disposent pas des mêmes ressources économiques et culturelles pour être à armes égales face à cette logique accrue de l’offre et de la demande ou pour faire valoir leurs expériences hors école.

Presse / Le Monde du 25/02/19 / La réforme Blanquer relance la concurrence entre les disciplines (Violaine Morin)
[…] Les changements induits par la réforme ont généré des tensions. Chaque année, les professeurs du lycée se répartissent une enveloppe d’heures. Cette question est particulièrement épineuse avec les nouvelles spécialités : pour pouvoir proposer tous les enseignements promis (entre sept et neuf spécialités en moyenne dans chaque lycée, et jusqu’à douze pour certains), les proviseurs sont obligés de rogner sur la marge horaire, qui permet en temps normal d’enseigner en demi-groupe en langues, en SVT, en physique-chimie… Et qui finance certaines options comme les langues rares ou les arts. De là, naît une concurrence pour se répartir les heures restantes.

Presse / Vousnousils du 19/03/2019 / Plan « Bienvenue en France » : un risque pour l’attractivité
En novembre dernier, le gouvernement annonçait l’augmentation des frais de scolarité dans les universités pour les étudiants extra-communautaires. Ainsi, dès la rentrée 2019 et la mise en place du plan « Bienvenue en France », les étudiants étrangers devront s’acquitter de 2770 euros de frais d’inscription en Licence et de de 3770 euros en master. Le rapport parlementaire présenté mercredi 13 mars déplore la mise en oeuvre « précipitée » de cette réforme. D’après les auteurs, « tous les acteurs du monde universitaire s’accordent (…) pour indiquer que la mesure devrait produire, dans le court terme, un effet d’éviction aux conséquences potentiellement importantes ». En d’autres termes, cela signifie que l’attractivité de la France dans l’enseignement supérieur risque de souffrir du plan « Bienvenue en France ». Pour illustrer cela, les auteurs prennent en exemple les cas de la Suède et du Danemark, pays ayant également mis en place des politiques similaires en 2011 et 2006. Dans ces deux pays, le nombre d’étudiants étrangers a baissé de 30% en 3 ans en Suède et de 35% au Danemark dès la première année.

Presse / Le Monde / 29/01/2019 / Choix des spécialités en première : l’ombre du supérieur (blog de Claude Garcia)
Officiellement, la réforme du lycée doit le simplifier et donner plus de souplesse au parcours des lycéens, qui ne seraient plus enfermés dans des filières. [...] Théoriquement, un élève, si les spécialités sont ouvertes dans son établissement peut prendre: physiques, arts et langues. Il est normal de rencontrer un élève qui prendrait ce menu pour savoir, s’il est suffisamment cohérent et si cela ne débouchera pas sur une sévère crise de foi, quant à son futur parcours dans le supérieur. Ce qui est plus déplaisant, c’est que les professeurs et bientôt les familles se rendent compte que les dés sont pipés. Au moins, l’UPA (Union des professeurs des classes préparatoires aux grandes écoles agronomiques, biologiques, géologiques et vétérinaires) ne s’embarrasse pas de scrupules. Leurs recommandations sont très claires. Les élèves doivent choisir dans l’ordre qu’ils veulent… uniquement trois spécialités parmi les trois spécialités:maths, SVT, physique. L’UPA en appelle donc à la reconstitution de la série S

Presse / Libération / 04/02/2019 / Réforme du lycée : tohu-bohu dans les bahuts (Marie Piquemal)
On a vite su que cette réforme allait aggraver les inégalités territoriales. Bien sûr, jusqu’ici, la situation n’était pas géniale, les élèves n’avaient pas les mêmes chances selon leurs origines territoriales et sociales. On sait bien que dans notre système éducatif, les différences sociales déterminent la réussite. [...] Mais quand même. L’offre restait comparable, il y avait un minimum de démocratisation. Tous les jeunes, y compris dans notre lycée rural, pouvaient choisir S, L, ES ou STMG [sciences et technologies du management et de la gestion, ndlr]. On les préparait le mieux possible au bac, pour leur ouvrir les portes de la fac au moins. Avec la réforme, les élèves n’auront le choix qu’entre sept spécialités maximum sur les douze existantes. Les cinq autres, ils en sont privés.

Tribune / Le Monde du 29/01/2019 / « Dans un salon consacré au livre, et à la littérature française, n’est-il plus possible de parler français ? » (collectif)
Dans une tribune collective au « Monde », une centaine d’écrivains, d’essayistes, de journalistes et d’artistes s’indignent de voir le « globish », un sous-anglais, supplanter notre langue dans les médias, à l’université et jusqu’au prochain salon « Livre Paris ». « Pour la deuxième année consécutive, la littérature Young Adult est mise à l’honneur au salon Livre Paris », lit-on sur le site Internet de cette manifestation qu’on appela longtemps le Salon du livre, et qui se tiendra du 15 au 18 mars. […] Nous savons fort bien qu’il s’agit au fond de commerce et de mercatique, d’impérialisme linguistique pour mieux vendre partout les mêmes produits, de colonialisme culturel accompagnant la mondialisation économique. Pervertissant jusqu’à l’inconscient de la responsable de la programmation de la « scène YA », qui écrivait à l’un d’entre nous trouver spontanément le mot « bookroom » plus « dynamique » que n’importe quel équivalent français.