Analyse / Le Monde du 16/07/2019 / Résultats du baccalauréat 2019 : « L’idéal sacré d’égalité vient d’être bafoué » (collectif)
Des ordres contraires à la loi.
Il y a quelques jours à peine, un événement exceptionnel est intervenu dans l’histoire de notre profession et dans l’histoire récente de notre démocratie : un ministre n’a pas respecté la loi. Il a donné des ordres contraires à la loi, contraires à l’esprit de notre institution. Une note de service annoncée par voie de presse a considéré que l’on pouvait destituer des jurys pourtant définis comme « souverains » par le code de l’éducation. Elle a donné la possibilité à des personnels administratifs – chefs de centres d’examens, proviseurs ou adjoints – de remplacer des enseignants et de définir des résultats à leur place, sans même avoir une connaissance des copies et des règles spécifiques d’évaluation propres au baccalauréat.
Analyse / AOC Média du 10/07/2019 / Pourquoi j'ai fait la grève pendant le bac (Marjorie Galy, enseignante agrégée de sciences sociales)
En juin 2021, il n’y aura plus que 3 épreuves organisées nationalement : le français en épreuve anticipée de première, la
philosophie et le « Grand oral » en terminale (contre 12 épreuves en moyenne actuellement sans compter les options).
À partir de la prochaine rentrée, toutes les autres disciplines vont être évaluées localement, dans chaque lycée, en cours
d’année, dès la classe de première, soit avec des « examens partiels » en décembre et au printemps pour les disciplines
du tronc commun, soit, pour les spécialités, avant ou après les vacances de printemps, afin que les notes puissent être
prises en compte dans Parcoursup.
L’économie budgétaire réalisée est donc énorme pour le ministère mais le transfert de la charge supplémentaire de
travail gratuit, effectuée localement, dans chaque établissement, par les équipes de direction, de vie scolaire et les
enseignants sera considérable. […] Le « bac Blanquer » impose un régime permanent d’évaluation qui peut être
contraire aux apprentissages et à l’épanouissement des élèves.
[…] La liberté de choix proposée aux élèves n’est qu’un leurre, et les élèves et parents de seconde cette année le savent
parfaitement. Toutes les spécialités ne sont pas proposées dans tous les lycées, le nombre de places par spécialité est
contingenté du fait de la taille des salles de classe et des dotations budgétaires en baisse dans chaque lycée. Sur le
terrain, toutes les combinaisons de spécialités ne sont pas possibles. Les élèves peuvent être amenés à changer
d’établissement ou à recourir à l’enseignement à distance du CNED en cas d’offre de spécialité manquante ou
insuffisante dans leur lycée d’origine.
Analyse / Le Monde du 15/07/2019 / « Baccalauréat : « C’est l’entêtement du ministre qui a généré ce chaos » (Fanny Capel, Professeure au lycée Paul Eluard de Saint-Denis)
Professeure de lettres à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et présidente de l’association Sauver les lettres, Fanny Capel,
dans une tribune au « Monde », s’insurge contre le « gigantesque retournement des rôles » qui voit les grévistes du bac
accusés d’avoir perdu le sens du service public.
Qui a été sacrifié ? Les quelques milliers d’élèves qui risquaient de voir leur inscription à la fac retardée – ou les
centaines de milliers de lycéens qui, dès l’an prochain, plancheront sur le bac six fois en deux ans, sans qu’on leur laisse
le temps de progresser, sur des épreuves élaborées localement, au mépris de la plus élémentaire égalité républicaine ?
Qui a pris les lycéens « en otages » Nous, ou cette réforme qui les contraint désormais de construire leur « parcours » à
l’aveugle, sans information fiable sur les attentes du supérieur, de choisir des spécialités virtuelles car leur lycée ne les
ouvrira pas faute de moyens ?
Qui a perdu « le sens du service public » ? Nous, ou ce gouvernement qui va supprimer 2 600 postes de profs dans le
secondaire, grâce à un tour de passe-passe qui consiste à supprimer les filières pour bourrer toutes les classes dites
générales à plus de 30 élèves, pour « inclure » les élèves handicapés sans aide, pour orienter sans personnels qualifiés,
pour faire passer des nouveaux programmes à l’ambition démesurée sans les horaires nécessaires ?
Texte complet : C'est l'entêtement du ministre qui a généré ce chaos.pdf
L'intempestif / 22/08/2019 / L'arnaque du projet Voltaire (Florence Costa-Chopineau)
Parmi les 37 projets proposés au financement lors du dernier conseil d’administration de mon lycée, l’un des plus scandaleux, et aussi les plus coûteux , concerne le projet Voltaire (2080 euros, une paille, pour un lycée de 2800 élèves). Qu’est-ce que cet objet qui s’affuble d’un nom bien rassurant ? Pensez ! Un philosophe des Lumières ! C’est une florissante entreprise privée, en ligne, créée en 2008, qui propose, moyennant finances, des exercices en ligne d’orthographe à tous ceux qui veulent progresser. Puis, en payant encore, qui délivre une certification, reconnue par les entreprises.