Adieu grammaire et orthographe


La commission d' “ experts ” de l'éducation nationale vient d'inventer la “ transversalité ”, une idée qui pratiquement se résume ainsi : je cesse d'enseigner le français et mes élèves le connaîtront parfaitement ! Par quel miracle ? Voici le raisonnement des “ experts ”. La langue utilisée à l'école étant le français, les enfants progressent dans cette langue quelle que soit la matière enseignée ; les compétences dans la compréhension et l'emploi de la langue orale et écrite se construisent à travers toutes les disciplines. […] L'horaire maximum de français passera donc de 9 heures à 6h 30. Certes le point de départ du raisonnement n'est pas faux : tout au long de la journée de classe et dans toutes les activités, l'instituteur corrige, enrichit l'expression orale et écrite de ses élèves, les aide à progresser dans la compréhension et le maniement de leur langue. Mais cette pratique a toujours existé dans les classes ; seuls des gens qui ont peu d'expérience du terrain peuvent la croire novatrice. À l'exception d'une heure et demie de grammaire, seront donc rayées de l'emploi du temps les heures consacrées à l'expression écrite ainsi que celles consacrées à l'orthographe, la conjugaison et au vocabulaire. Finis les exercices de grammaire et d'orthographe, accusés de “ tourner à vide ” : une heure et demie par semaine “ d'observation réfléchie de la langue ” est considérée comme amplement suffisante pour compléter l'apprentissage transversal du français. Grâce aux heures ainsi “ gagnées ” sur l'enseignement du français, les élèves apprendront une langue régionale ou étrangère et pratiqueront davantage les arts visuels ou la musique, infiniment plus médiatiques que la pratique correcte de la langue française.

Retirer deux heures ou deux heures et demie à l'enseignement du français au CE2 et au CM, c'est affaiblir les chances pour les enfants, et en particulier pour les plus fragiles, d'accéder à la “ maîtrise du langage oral et écrit ” pourtant donnée par les “ experts ” comme la “ priorité des priorités ”.

Françoise I., “ Courrier des lecteurs ” du Monde du 28 février 2002.