Lettre ouverte aux professeurs de français


La nouvelle réforme prévue par notre énième ministre de l’Education nationale a suscité de nombreux remous à propos de la suppression de l’Histoire-Géographie en classe de Terminale S.  Il est étonnant que la suppression, sur trois années de lycée, d’à peu près 4 heures d’enseignement obligatoire du français ait suscité si peu de réactions, à croire que cette suppression est passée inaperçue. De fait, elle est bien camouflée et pourtant…  

En classe de seconde, les élèves ne feront plus, sous le régime Châtel, que 4 heures de français en classe entière, l’heure de module par quinzaine disparaît ainsi que l’heure d’aide individualisée. Dans un document remis aux proviseurs des établissements, il est dit très clairement que les heures de modules de français et d’histoire géographie ont été ôtées à ces deux matières pour la mise en place de l’accompagnement personnalisé. Or, l’heure d’accompagnement personnalisé n’est pas une heure de français, ce qu’était l’heure d’aide individualisée. Les élèves perdent environ 1h 30 de français par semaine, ce qui met la matière au même rang que les autres. Certes les établissements auront tout loisir de rétablir ce manque grâce au volant de dix heures complémentaires par division, mais celui-ci est « volant », ajustable, et sera réparti selon les projets, les volontés et personnalités plus ou moins fortes des équipes, autant dire que la rivalité entre les équipes d’enseignants et les matières risquent de s’amplifier. Il va sans dire aussi que moins d’heures pour les élèves signifient moins d’heures par classe pour les professeurs et que les enseignants de français vont tôt ou tard voir leur nombre de classes augmenter, donc le nombre de leurs copies, ce qui risque de porter préjudice à leur enseignement. L’enseignement « Littérature et monde contemporain » ouvert comme enseignement d’exploration est une proposition intéressante, mais, optionnel, il ne saurait concerner chaque classe, il regroupera sans doute les élèves qui en feront le choix si l’établissement propose un tel enseignement et cet enseignement se fera sur 1h30. Là encore, c’est aux équipes de se mobiliser sans doute et de convaincre le chef d’établissement d’ouvrir une telle option, mais comment convaincre les élèves de la choisir lorsqu’une telle option est mise en concurrence avec l’économie (SES), les méthodes et pratiques scientifiques (MPS), déjà présentes dans les établissements.  

En classe de première, peu de changement apparemment, sinon que l’horaire de français est réduit à 4 h en première L, dont la spécificité était jusque là d’être littéraire. Désormais, pour former un futur lettré, quatre heures devraient suffire. Un enseignement de spécialisation obligatoire de deux heures vient certes remplacer les deux heures perdues, mais l’on peut s’inquiéter de l’intitulé « littérature française » qui présuppose que les 4 h allouées au français soient destinées à autre chose qu’à étudier la littérature française. De plus, il y a fort à parier que cet enseignement dit de spécialisation soit confié à un autre professeur que celui qui assurera, toutes séries confondues, les 4 premières heures de la matière. Quelle sera la cohérence d’un enseignement ainsi morcelé ? La perte de formation véritablement littéraire, quoique diffuse et difficilement quantifiable, sera réelle. Là encore, les professeurs auront sans doute moins d’heures à assurer par classe et verront ainsi leur nombre de classes augmenter.  

Enfin, en classe de Terminale L, l’enseignement de la littérature passe à deux heures par semaine, malgré une expérience convaincante de quatre heures, qui fonctionnait bien depuis plusieurs années et permettait d’asseoir la spécificité littéraire de la filière sur un programme sérieux et exigeant. L’enseignement de spécialisation obligatoire de Première L et intitulé Littérature française disparaît et aucune option spécifiquement littéraire n’est plus proposée aux élèves.

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17/01/10