Réforme du lycée : en janvier, on solde les Lettres !


Professeur de Lettres modernes dans un lycée de Rouen, je fais comme tout le monde mes comptes en lisant le projet de réforme de L. Chatel.

Cette année, mon service est composé d'une Terminale L à 4h, d'une Première S à 4h et d'une classe de Seconde à 6h (4h classe entière plus 1h de module plus 1h d'aide individualisée). Avec la première chaire, cela fait tout juste 15h, le compte est bon... et j'ai l'impression de ne pas chômer : mes trois classes totalisent 103 élèves et je ne sors pas souvent de mes copies et de mes préparations.

Après la réforme, en année « pleine », ce beau service tombe à 2h en Terminale, 4h en Première et 4h en Seconde, plus la première chaire, cela fait seulement... 11h ! Même en assurant deux heures d'accompagnement, pour y faire dieu sait quoi avec je ne sais quels élèves, cela ne fait jamais que 13, il me faut un groupe de plus. Peut-être pourrais-je manœuvrer finement pour obtenir un enseignement d'exploration en Seconde, si des élèves le choisissent, mais la concurrence sera rude puisque « Littérature et société » pourrait être confié aux collègues d'Histoire... et cela ne ferait jamais que 1h30 de plus, soit 14h30. Je pourrais encore me spécialiser dans le tutorat pour tous mais il sera payé en HSE s'il est payé : encore raté ! Je ne couperai donc pas à une classe supplémentaire, elle aussi à 35 puisque l'indifférenciation des Premières permettra de bien les remplir : 4 classes de 4h à 35 élèves va devenir la norme pour un agrégé, sans parler des heures sup' qu'on voudra lui imposer (mais je me promets de tenir bon pour les refuser) ; quant aux certifiés de Lettres modernes, beaucoup renoncent déjà à venir en lycée...

Sur le plan pédagogique, on va m'enfermer un peu plus dans des situations d'enseignement frontales plus ou moins épuisantes devant des classes entières : on prépare déjà l'échec de certains élèves qui auront bien besoin d'une aide personnalisée pour s'en sortir... mais ils devront se partager 2 heures à 35, la personnalisation va manquer d'intimité !

Quelques disciplines ont peut-être l'impression de mieux tirer leur épingle du jeu : méfiance, car en l'absence d'horaires nationaux, tout devient précaire. Et je sais que certains s'en sortent encore beaucoup plus mal que moi, notamment les collègues de STI, dont les options de Seconde tombent de 6h à 1h30... rideau ?

Par ce temps glacial, nous voilà tondus : voilà pourquoi je ferai grève jeudi 21, et j'espère bien que nous serons nombreux.

Bien amicalement,

Philippe

17/01/10