Éducation nationale : un recteur avoue !


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Il faut replacer les choses dans leur contexte. L’académie de Corse se trouve dans la tourmente depuis l’automne dernier. Cinq personnes (dont le secrétaire général de l’académie et deux enseignants) sont mises en examen dans le cadre d’une enquête sur une affaire de fraude au concours de recrutement des professeurs des écoles en 2007, à laquelle est venu s’ajouter un soupçon sur le Bac 2008. Les écoutes téléphoniques dont le rectorat a fait l’objet plusieurs mois durant révèleraient que des notes auraient été remontées sur commande, afin de privilégier certaines familles. Clanisme ? Clientélisme ? Une accusation que les syndicats d’enseignants insulaires, qui soutiennent leurs collègues mis en cause, rejettent catégoriquement. Pour eux, la seconde affaire devrait être dissociée de la première, et ne relèverait que d’une méprise quant à une banale procédure d’harmonisation des notes. Le 15 avril, avec l’appui d’associations de parents d’élèves, ils ont dès lors appelé les correcteurs, afin d’éviter tout malentendu et risque de poursuite, à ne pas harmoniser les notes cette année. D’où l’embarras des autorités académiques. Et cet article paru dans Corse-Matin le 18 avril, dans lequel Michel Barat, recteur de l’académie de Corse, affirme : 

« Le risque, c’est une baisse significative du nombre de reçus, en fonction d’une note brute qui n’aura pas été harmonisée en fonction du livret scolaire. Peut-être 20 %, peut-être plus. »

Sans une retouche des résultats, pour le moins douteuse, le nombre des diplômés serait donc bien moins important. Et il ajoute aussitôt :

« Et dans ce cas, comment pourra-t-on gérer la prochaine rentrée scolaire ? Des difficultés pratiques se poseront. Où va-t-on inscrire tous les recalés ? »

Ce qui est une manière à peine voilée d’admettre que, dans un enseignement de masse, qui voit le système fonctionner comme une immense gare de triage, le but n’est pas tant de vérifier si les savoirs sont transmis, mais plus prosaïquement de gérer des effectifs.

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Ironie du sort, Michel Barat avait publié en 1999 La Fin des Lumières, ouvrage incendiaire dans lequel il stigmatisait la dérive pédagogiste de « l’élève au centre du système ». Il est regrettable qu’il soit lui-même devenu entre temps l’un des auteurs de cette fin des Lumières qu’il prétendait dénoncer.

Daniel Arnaud (auteur de Dernières nouvelles du front)

On peut retrouver l'intégralité de cette note sur http://generation69.blogs.nouvelobs.com/

22/04/09