Discrimination négative



(Billet envoyé au Monde et au Figaro.)

C'est avec stupéfaction que j'ai pris connaissance d'un « cahier de l'élève » de l'Evaluation nationale des acquis en CM2 proposée en ce mois de janvier 2009 par le Ministère de l'éducation nationale. Vu le tollé provoqué dans le monde de l'école par cette initiative, je ne m'attendais pas à y découvrir l'expression d'exigences aussi élémentaires. Je m'étonne donc que l'on puisse trouver anormal qu'on demande à un élève, au terme de plus de quatre années d'études, qu'il sache extraire des informations d'un texte simple, trouver un synonyme, recopier correctement quelques lignes, désigner le nom que remplace un pronom, entourer un verbe conjugué et en souligner le sujet ou le complément d'objet, identifier un impératif ou distinguer l'imparfait du passé simple.

Quitte donc à donner dans la protestation, ne conviendrait-il pas plutôt de soumettre à l'examen la pédagogie minimaliste qui, également nourrie de restrictions d’horaires, de théories libertaires et de préjugés sociaux, colonise l'école depuis plus de trente ans ?

Peut-être éclateraient alors le vrai scandale et la vraie urgence : avant d'organiser les sempiternelles remédiations et la discrimination dite positive, qu'attend-on en effet pour mettre d'abord un terme à la discrimination négative que constitue objectivement l'absence d'exigence auprès des plus démunis ?

Michel Leroux (La Mure d'Isère).
08/02/09