Dissertation : une mort programmée


Le sujet de dissertation de série L du dernier bac semble confirmer l'intention de de vouloir annihiler progressivement cet exercice. Formulé en " Préférez-vous... ", le sujet laisse ouverte la voie de l'exposé axiomatique d'opinions, dans laquelle se sont engouffrés, au sens propre, les élèves dont j'ai pu corriger les copies. Condamnations moralisantes en tous genres à l'égard d'auteurs ayant osé réécrire et valorisation excessive de ceux qui ont réécrit pour rendre, apparemment tout simplement, lisibles des oeuvres antiques, en passant par la confusion avec l'adaptation cinématographique et le plagiat (régulièrement assimilé à la réécriture) ou l'idée qu'il y aurait des auteurs de réécritures et les autres (Brecht ne devient ainsi que l'auteur sans talent d'une Antigone).

Cela met en évidence deux problèmes :

- tout d'abord, la formulation du sujet. Véritable " casse-gueule " pour les élèves qui s'imaginent que pour disserter, il suffit de se laisser aller à dire n'importe quoi en y ajoutant " je pense que ". A cela il faut ajouter des correcteurs de mon espèce, qui n'ont jamais eu de première (mais des Terminale pour lesquelles je ne suis pas convoquée) et qui décident de sanctionner fortement, ne serait-ce que parce qu'ils croient encore à la dissertation, et auxquels on répond en réunion d'organisation quand je propose un quatre, que ça mérite un sept ; autrement dit quasiment la moyenne puisque c'est noté sur seize, pour un devoir bourré de fautes, qui dit en substance qu'Hésiode n'a fait que plagier l'Odyssée, que ceux qui réécrivent doivent avoir de " sacrés cas de conscience ", que réécrire doit servir à amuser, le tout composé en multiples parties.

Soit je refuse de ne pas noter plus sévèrement et alors il y aura un " bien intentionné " pour " constater " que la dissertation est un gouffre d'échecs et donc un exercice peu souhaitable ; soit je surévalue la note et je dévalue la dissertation, au risque de sa perte. Dans les deux cas, la dissertation disparaît.

- Deuxième problème : l'objet d'étude " réécriture ". Comme il ne peut être envisagé qu'à toute vitesse puisqu'une année scolaire est courte et, avec ces nouveaux programmes, surchargée, il ne peut être étudié dans toute sa complexité. Or ce n'est pas une question simple ni simplifiable et qui, du reste, peut être abordée avec plus de finesse et d'amplitude en terminale L dans la partie du programme consacrée aux " grands modèles ". On ne saurait consacrer qu'une séance à cette question qui brasse de multiples formes et enjeux littéraires.

En conclusion, on ne saurait assez s'inquiéter ni s'insurger contre ce que devient cette épreuve anticipée de français (dont on remarquera au passage, non sans dérision, eu égard au seul sujet d'invention, qu'elle est accolée du mot " littérature " en L).

Hélène (75)
19/06/03