Sujet ES-S


Remarques générales sur le sujet : Pas de corpus !

Un seul texte, long, assez complexe.

Une seule question à pas de comparatisme.

= Formule limite. Sens à interpréter :

  • Sujet de remplacement (moins " canonique ") après l’affaire de Bordeaux ?
  • Test avant-coureur d’une éventuelle remise à plat de l’épreuve dans ces sections, prenant en compte les critiques adressées à l’EAF " rénovée " ?

En tout cas initiative intéressante, qui mérite explication.

La question

I. Un énoncé ambigu : " ce qui […] relève dans cette œuvre du souvenir, de la transposition et de l’invention "

  1. cette œuvre " désigne évidemment, dans l’esprit du rédacteur, Aziyadé. La consigne déclenche alors un repérage tripartite : " souvenir / transposition / invention ".
  2. Mais un candidat inattentif à la ponctuation (la majorité !) peut entendre : " dans cette œuvre du souvenir ", et penser

  1. soit que cette expression désigne l’œuvre dont est tiré l’extrait, i.e. Fantôme d’Orient, qui justement se présente comme un écrit autobiographique, alors que Aziyadé est manifestement un roman. Dans ce cas, le repérage devient bipartite : " transposition / invention ". Cette lecture devrait logiquement être éliminée par le candidat, puisque peu compatible avec un écrit supposé autobiographique (même pas de " souvenirs " !), mais on ne peut exclure qu’elle ait été faite par des candidats victimes d’une faute de lecture induite par une rédaction ambiguë - à une virgule près -, et qu’elle ait donné lieu à des absurdités, ou au contraire à des efforts pour traiter un sujet d’un grand intérêt mais bien au-dessus des capacités attendues de candidats de 1ère ES/S…
  2. soit que cette même expression désigne bien Aziyadé : l’énoncé de la question soulignerait alors l’inspiration biographique comme une donnée acquise, le candidat n’ayant plus alors qu’à repérer ce qui relève respectivement de la " transposition " et de " l’invention ", ce qui allège considérablement le travail…

Cette incertitude a une incidence décisive sur la place à accorder aux " rêves " (l. 58-85) : ils ne sont pas dans Aziyadé, mais seulement dans Fantôme d’Orient, qui les mentionne dans un récit au passé (" je retrouvais " l. 58) ; chronologiquement, ils sont donc à situer dans l’intervalle entre les deux écrits… et ils représentent plus du tiers de l’extrait !

à confusion qui incite à l’erreur et pose de sérieux problèmes de correction…

II. Une distinction discutable, à l’expérience, entre "  transposition " et " invention ".

Exemples :

  • " Aziyadé " est explicitement une transposition du nom authentique… mais le texte dit littéralement : inventé par moi " (l. 6).
  • " un certain Loti de convention" peut aussi bien être perçu comme une transposition de l’auteur (qui atteste l’ancrage biographique de son personnage par la relative " auquel je m’imaginais ressembler ", l.12) que comme une invention, surtout si le candidat connaît le goût de Julien VIAUD pour la mystification…
  • " bravades, blasphèmes " (l. 11) appelle une distinction délicate. Rigoureusement, on doit distinguer

* " les uns, banals et ressassés " (l. 11), donc des clichés plaqués qui relèvent de l’invention ;

* " les autres [… " à comprendre comme une transposition des " prières " (l. 12) d’origine.

à typologie peu sûre, d’ailleurs étrangère à la nomenclature au programme.. Au fond, il y a toujours de l’invention dans la transposition ; et peut-on inventer ex nihilo, c’est-à-dire sans transposer ? Le fameux et si controversé sujet dit d’invention est toujours une transposition !

À distinction oiseuse, correction épineuse…

Philippe (91)

19/06/03