L'invention ou 4 pages en 2 heures


Le sujet propose donc un extrait long de Loti dans le cadre du "biographique", ce qui à mon sens est le signe d'un effort de cohérence (les corpus de textes divers se réduisent trop souvent à des montages artificiels). Les sujets de commentaire et de dissertation correspondent bien alors à l'exercice scolaire attendu (malgré un temps réduit compte tenu de la préparation à la question initiale sur 4 points).

Le problème tient ici au sujet d'invention.

Le sujet est apparemment séduisant : il commande un calque inversé du texte de référence, Loti raconte le voyage aller et anticipe, l'élève raconte le voyage retour et se souvient. Le balancement prospection/rétrospection paraît fournir une trame riche (confrontation rêve/réalité, la déception, etc.). Cependant cet exercice n'exige finalement qu'une narration, et ce vraiment inventive.

On s'interrogera alors sur les compétences exigées ou exigibles concernant l'analyse à mettre en oeuvre (un calque inversé correspond-il à un commentaire ?), la rigueur réflexive et argumentative (une narration correspond-elle à une dissertation?), le recours au concept de l'écriture biographique (le contenu théorique remplace-t-il une rêverie exotique?)...

Je ne fais que répéter ce que les analyses annoncent et déplorent depuis la parution du nouveau programme.

Je plains les élèves ou les correcteurs parce que la difficulté de l'exercice tient à faire preuve de qualités stylistiques dignes d'un Loti pour nous faire passer la pilule.

Dans ma salle sur 24 élèves, 50 % partent à 11 heures dernier délai. A 11h10, sur les 15 copies rendues, j'ai relevé 2 commentaires composés, 11 inventions et 2 dissertations. Au final, l'invention remporte 50 % des prix, tandis que les deux autres travaux se partagent à parts égales les restes. (On a tous compris que les élèves qui choisissent les sujets "classiques" ont besoin de plus de temps... et de plus de neurones).
Belle promotion de la stylistique !

Une toute dernière remarque concernant le commentaire des premières L sur un poème de Saint John Perse. Même les admirateurs de l'auteur ne peuvent nier combien il est difficile de saisir ce monde codé, plein d'érudition et de finesse. Encore une fois, l'invention pourra-t-elle rivaliser avec un sujet aussi difficile ?

Cordialement,
Alexandra
18/06/03