Observatoire de l'Éducation


L’Observatoire de l’Education, dont le centre de gravité est l’enseignement, s’est créé en juin 2002 sous le double effet du choc causé par la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles et du sentiment de colère devant une certaine surdité de la gauche face aux difficultés concrètes rencontrées à l’école par l’ensemble de ses acteurs. Il se donne pour tâche d’essayer de mobiliser tous les acteurs de la vie éducative, et tous les citoyens en général, afin de combler le retard pris dans l’analyse de ces problèmes. Nous pensons en effet que la situation actuelle, désormais presque toujours pénible pour tous et intenable pour un nombre croissant de professeurs et d’élèves, est en partie la conséquence d’un long déni de sa gravité ; et que ce déni a eu pour résultat d’inhiber durablement la réflexion.

Nous désirons donc réfléchir aux difficultés, à nos yeux inédites, que rencontrent aujourd’hui tous les « éducateurs », parents compris, dans la définition de leur rôle. L’instabilité des « figures » (parentales, magistrales, enfantines, etc.), la difficulté à partager des règles communes ou même à en concevoir la nécessité, nous semble induire une sorte de discorde généralisée très différente de la conflictualité politique traditionnelle. Générant en chacun de nous, enfants comme adultes, de la souffrance et de l’agressivité, cette discorde alimente le sentiment d’insécurité par lequel nous sommes tous plus ou moins gagnés. Ainsi recule en chacun de nous une idée commune du vivre-ensemble, tandis que se développe une méfiance réciproque qui est peut-être l’un des traits menaçants de notre « idéologie dominante » partagée.

Deux convictions nous animent, au-delà desquelles s’ouvrent pour nous le vaste domaine des questions.

La première, c’est que, pour incontournable que puisse être, dans certains cas, la réponse répressive, elle ne saurait constituer une solution, pas plus que la tendance constante depuis trente ans à la judiciarisation de l’Ecole.

La seconde, c’est que dénoncer inlassablement les enseignants et leur « culture scolaire » ( i.d. leur conservatisme frileux, leur égoïsme, leur autoritarisme, leur occidentalisme figé, etc.) ne nous aide en rien à avancer. C’est pourtant ce que font régulièrement certains rectorats et certains I.U.F.M., trop souvent relayés par les médias.

Nous pensons notamment que les concepts d’autorité et de discipline, au sens de règles de conduite et règles d’un savoir donné, doivent être réexaminés, voire réinventés. Nous refusons de les mobiliser sans examen comme nous le souffle une certaine angoisse sécuritaire. Mais nous refusons aussi de les rejeter a-priori au nom d’une lutte de gauche figée autour d’un discours idéalisé. Civilité, autorité, discipline, etc. : ces mots ne sont ici qu’approximatifs. Nous n’avons pas l’intention de les mobiliser sans prudence théorique, convaincus que seuls une certaine patience - à notre modeste échelle - , un certain exercice du débat mené à plusieurs et sur le long terme, peuvent permettre de sortir des réactions passionnelles auxquelles ces questions nous amènent tous trop souvent.

Nous croyons possible de réinventer une socialité civile authentique, sans l’existence de laquelle on voit mal comment l’Ecole pourrait constituer un lieu tout simplement vivable. Mais pour le faire, nous pensons enfin qu’il ne faut pas limiter la réflexion à la question de la transmission des savoirs ni à celle de l’institution scolaire. Si les enfants s’ennuient à l’école, y échouent, y sont de plus en plus ordinairement agressifs, ne serait-ce pas que tout un dispositif éducatif - ou peut-être a-éducatif - forge ces comportements ? Nous nous interrogeons : ne serait-ce pas un système entier qu’il faudrait remettre en cause, système dont les acteurs n’auraient pas forcément conscience ? Car l’éducation passe par de multiples relais, les parents bien sûr, mais aussi les crèches et les nourrices, la télévision qui tient lieu de présence maternante et d’autorité, les jeux éducatifs censés éveiller la curiosité dès la naissance, les lieux de loisir, les activités artistiques et sportives et leur doxa éducative, la rue enfin et les espaces publics où les enfants sont livrés à l’indifférence apeurée des adultes, et pour finir, la publicité qui enveloppe le tout.

Il faut en effet cesser d’incriminer ici les banlieues ou les établissements « chauds », comme si le problème était exclusivement économique ou urbain ; et réfléchir enfin à ce qu’entraîne, y compris dans les couches sociales dites « favorisées », cette espèce de discorde aveugle dont les enfants sont les premiers à souffrir - souffrance qu’ils ne peuvent, sans doute, que traduire en agressivité grandissante.

Façon de dire qu’à nos yeux ni les enseignants, ni les parents, encore moins les enfants ne sont seuls responsables, mais que, par hypothèse, nous le sommes tous ensemble ; et que ce n’est pas en désignant obstinément l’école (=les enseignants) comme bouc émissaire du malaise que la situation changera. Nos responsabilités d’adultes ne sont-elles pas engagées, au delà- du cadre de l’école, dans nos foyers, dans la rue, voire sur nos lieux de travail ?

Et ne peut-on alors imaginer, parallèlement à des revendications légitimes adressées au gouvernement, une action civique immédiate, une espèce d’auto-gestion éducative pouvant démarrer de façon inconditionnelle, dès demain, partout où nous le déciderions ?

L’ambition est à la fois modeste et considérable. Elle exige de la justesse d’analyse, de la mobilisation.

Cette table ronde est la deuxième d’une série qui voudrait faire avancer la réflexion sur le mal éducatif dont souffre notre société et, de là, proposer des solutions plausibles. Il s’agira d’y réfléchir sur le rapport éducation/enseignement à partir d’un diagnostic historique porté sur ce qu’on appelle « le social », dont Jacques Donzelot est le penseur critique éminent.

Comment remédier à la carence du lien social horizontal et direct dans nos sociétés ? Jusqu’à quel point doit-on s’appuyer sur l’institution familiale et sous laquelle de ses formes historiques ? La rue a-t-elle toujours été un espace de tous les dangers, soit politiques (insurrections du XIXe siècle, maifestations du XXe siècle), soit « sécuritaires » ? Ne peut-on imaginer que d’autres modèles éducatifs, venus d’autres cultures qu’occidentales, nous aident à reconstruire un espace public vivable ?





Observatoire de l’Education
(présidente : H. Merlin-Kajman)

Samedi 26 avril, 14h-17h30

2ème table ronde sur l’éducation

La famille, l’école, la rue

avec

Jacques Donzelot

sociologue, auteur de
La Police des familles (1977)
L’invention du social (1994)
Faire société (2003)

Centre Censier, 14 rue de Santeuil, 75005 Paris
salle Las Vergnas, 3ème étage



L’Observatoire de l’Education se réunit le mercredi de 19h30 à 21h30
Renseignements auprès de
observatoire-education@wanadoo.fr



La prochaine table ronde aura lieu samedi 21 Juin 2003
autour du même thème

La famille, l’école, la rue

Avec notamment

Denis Salas, ancien juge des enfants, maître de conférence à l’Ecole nationale de la magistrature (Paris)



L’Observatoire de l’Education
observatoire-education@wanadoo.fr
Association loi 1901
(journal officiel du 25 janvier 2003)
Présidente : Hélène Merlin-Kajman


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10/04/03